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Alerte sanitaire (héroïne)





Mardi 19 janvier, les autorités sanitaires ont lancé une alerte sur des cas groupés de maladie du charbon chez des consommateurs d’héroïne en Ecosse et en Allemagne. (AFSSAPS)

Les faits tels que nous les connaissons le 08/02/2010

Début décembre des premiers cas de contamination et de décès par la maladie du charbon (anthrax) chez des usagers d’héroïne ont été signalés en Écosse. Entre début décembre et aujourd’hui l’Écosse a été confrontée à la contamination de 19 usagers d’héroïne et au décès de 9 d’entre eux.

Le 5 février 2010 un premier cas de contamination par la maladie du charbon chez un usager d’héroïne a été signalé à Londres, en Angleterre.

En Allemagne, dans la région d’Aix-la-Chapelle, un homme usager d’héroïne est également décédé de la maladie du charbon le 16 décembre 2009. C’est le seul cas de contamination repéré en Allemagne à ce jour. En l’état actuel des informations, aucune relation n’a pu être établie entre cet usager allemand et Écosse. Mais pour autant on ne peut exclure qu’il circule en Europe un lot d’héroïne ou un produit de coupage de l’héroïne contaminé par la maladie du charbon.

Pour l’instant aucun cas n’a été signalé en France ni ailleurs en Europe.

La plupart des usagers d’héroïne contaminés étaient des usagers injecteurs et ont développé la forme cutanée de la maladie (voir ci-dessous). Certains usagers étaient aussi des usagers qui fumaient l’héroïne et au moins l’un d’entre eux a développé la forme "pulmonaire" de la maladie (voir ci-dessous).

Qu’est-ce que la maladie du charbon ?

La « maladie du charbon », aussi connue sous son nom anglais d’anthrax, est une infection aigüe causée par une bactérie (bacillus anthracis). Cette bactérie entre dans l’organisme par le biais de « spores » très résistantes à l’environnement et d’une très longue durée de vie. La « maladie du charbon » est une maladie rare chez l’humain et les contaminations récentes d’usagers d’héroïne est un phénomène assez exceptionnel.

Cette bactérie se transmet par inhalation, ingestion, injection ou par simple toucher des spores de la bactérie. Il est par contre extrêmement rare qu’une contamination ait lieu du simple fait de fréquenter une personne contaminée.

Comment se manifeste-t-elle ?

Il existe 3 formes de la maladie du charbon chez l’homme. Chaque forme est liée au mode de contamination (la porte d’entrée de la bactérie dans l’organisme).

• La maladie du charbon cutanée : de 2 à 5 jours après la contamination elle se manifeste par un banal bouton ou furoncle rouge ou violacé autour du point d’infection qui s’accompagne d’une inflammation qui peut être inhabituelle par son importance mais qui est INDOLORE. Ce bouton se transforme ensuite, en 2 à 6 jours, en une escarre de couleur noire. L’anthrax cutané est rarement fatal mais sans traitement il est semble-t-il mortel dans 20% des cas. Or, la mortalité actuelle constatée chez les usagers d’héroïne contaminés, tous concernés par cette forme de la maladie, dépasse les 50%. Cela souligne peut-être que le mauvais état de santé de certains usagers d’héroïne les expose à un sur-risque de mortalité ;

• La maladie du charbon "pulmonaire" (elle ne concerne en fait pas que les poumons) : elle ressemble initialement à un rhume ou à des symptômes grippaux (fièvre, maux de tête, courbatures, fatigue) qui dure quelques heures à plusieurs jours puis évolue vers une dépression respiratoire sévère associée à une septicémie très souvent fatale. L’anthrax pulmonaire, même traité, a un risque de mortalité de l’ordre de 45% des cas. Non traité, la mortalité est de l’ordre de 80 à 100% ;

• La maladie du charbon gastro-intestinale provient habituellement du fait de manger une viande contaminée. Elle se traduit par des vomissements de sang, des diarrhées sanglantes sévères, une inflammation aiguë des intestins et une perte d’appétit. Parfois des lésions ont pu être trouvées dans les intestins, la gorge et la bouche. L’anthrax gastro-intestinal peut être traité, son taux de mortalité est de l’ordre de 25 à 60%.

Existe-t-il un traitement ?

OUI il existe des traitements antibiotiques pour la maladie du charbon, ainsi qu’un vaccin. Un facteur clé de guérison est la rapidité avec laquelle on se fait traiter. Cette rapidité de traitement a une forte influence sur le taux de mortalité de la maladie.

Comment éviter la contamination ?

Aucune caractéristique d’aspect ne peut aider à déterminer si une héroïne est contaminée ou non.

A notre connaissance, aucun mode de consommation de l’héroïne ne permet d’éviter la contamination.

Quelle attitude adopter ?

Rappelons tout d’abord qu’en France il n’y a eu pour l’instant aucun cas avéré de maladie du charbon chez des usagers d’héroïne. Il n’y a donc pas lieu de paniquer mais de se tenir informé et d’être vigilant.

Si des cas de contamination par la maladie du charbon étaient avérés en France, le conseil de santé qui semble le plus raisonnable est de proposer aux usagers d’héroïne de passer le plus rapidement possible sous substitution opiacé (buprénorphine haut dosage, c’est-à-dire Subutex® ou générique) et d’interrompre leur prise d’héroïne.

Une difficulté ici est que les premiers symptômes de la maladie du charbon sont particulièrement banals, pouvant être confondus avec problèmes de santé courants et bénins, alors qu’il s’agit d’une maladie potentiellement mortelle et qu’un facteur clé de guérison est la rapidité avec laquelle on se fait traiter. Par précaution, un usager présentant des symptômes pouvant éventuellement se rapporter à la maladie du charbon ne doit pas hésiter à aller consulter son médecin, même si habituellement il n’aurait pas consulté pour de tels symptômes et même s’il s’agit très vraisemblablement d’autre chose.

A qui s’adresser ?

Les usagers d’héroïne peuvent s’adresser à leur médecin traitant pour toute question de santé comme pour une demande de traitement de substitution.

Il est également possible de s’adresser aux Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) ou aux Centres Spécialisés de Soins en Toxicomanie (CSST) qui ont généralement des consultations médicales et la possibilité d’initier un traitement de substitution.

La rubrique « S’orienter » de ce site vous permet de trouver de tels centres.

La rubrique « Vos Questions, nos réponses » vous permet de poser vos questions (réponse sous 48h).

Notre ligne d’écoute Drogues Info Service (0 800 23 13 13, de 8h à 2h tous les jours) vous permet d’obtenir des informations, des conseils, une orientation personnalisée. L’appel est gratuit depuis un téléphone fixe, confidentiel, anonyme.

Pour les professionnels de santé :

Guide d’investigation épidémiologique : maladie du charbon (site Institut de Veille Sanitaire)


Recommandations du Ministère de la Santé à l’attention des professionnels spécialisés dans le soin aux usagers d’héroïne (document .pdf).

Clinical evaluation and management of drug users with possible anthrax (site Health Protection Agency du Royaume Uni, fichier pdf) : ce document s’adresse aux professionnels et est un arbre de décision sur la marche à suivre en présence d’un cas possible d’anthrax chez un usager d’héroïne. Attention, ce document a été produit d’abord pour le contexte écossais. Il ne correspond pas à une procédure mise en place en France. Il vous est donné à titre d’information uniquement.


Dernière mise à jour le 8 février 2010.
 

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