Mardi 19 janvier, les autorités sanitaires ont lancé une alerte sur des cas groupés de maladie du charbon chez des consommateurs d’héroïne en Ecosse et en Allemagne. (AFSSAPS)
En Allemagne, dans la région d’Aix-la-Chapelle, un homme usager d’héroïne est également décédé de la maladie du charbon le 16 décembre 2009. C’est le seul cas de contamination repéré en Allemagne à ce jour. En l’état actuel des informations, aucune relation n’a pu être établie entre cet usager allemand et Écosse. Mais pour autant on ne peut exclure qu’il circule en Europe un lot d’héroïne ou un produit de coupage de l’héroïne contaminé par la maladie du charbon.
Pour l’instant aucun cas n’a été signalé en France ni ailleurs en Europe.
La plupart des usagers d’héroïne contaminés étaient des usagers injecteurs et ont développé la forme cutanée de la maladie (voir ci-dessous). Certains usagers étaient aussi des usagers qui fumaient l’héroïne et au moins l’un d’entre eux a développé la forme "pulmonaire" de la maladie (voir ci-dessous).
Cette bactérie se transmet par inhalation, ingestion, injection ou par simple toucher des spores de la bactérie. Il est par contre extrêmement rare qu’une contamination ait lieu du simple fait de fréquenter une personne contaminée.
• La maladie du charbon cutanée : de 2 à 5 jours après la contamination elle se manifeste par un banal bouton ou furoncle rouge ou violacé autour du point d’infection qui s’accompagne d’une inflammation qui peut être inhabituelle par son importance mais qui est INDOLORE. Ce bouton se transforme ensuite, en 2 à 6 jours, en une escarre de couleur noire. L’anthrax cutané est rarement fatal mais sans traitement il est semble-t-il mortel dans 20% des cas. Or, la mortalité actuelle constatée chez les usagers d’héroïne contaminés, tous concernés par cette forme de la maladie, dépasse les 50%. Cela souligne peut-être que le mauvais état de santé de certains usagers d’héroïne les expose à un sur-risque de mortalité ;
• La maladie du charbon "pulmonaire" (elle ne concerne en fait pas que les poumons) : elle ressemble initialement à un rhume ou à des symptômes grippaux (fièvre, maux de tête, courbatures, fatigue) qui dure quelques heures à plusieurs jours puis évolue vers une dépression respiratoire sévère associée à une septicémie très souvent fatale. L’anthrax pulmonaire, même traité, a un risque de mortalité de l’ordre de 45% des cas. Non traité, la mortalité est de l’ordre de 80 à 100% ;
• La maladie du charbon gastro-intestinale provient habituellement du fait de manger une viande contaminée. Elle se traduit par des vomissements de sang, des diarrhées sanglantes sévères, une inflammation aiguë des intestins et une perte d’appétit. Parfois des lésions ont pu être trouvées dans les intestins, la gorge et la bouche. L’anthrax gastro-intestinal peut être traité, son taux de mortalité est de l’ordre de 25 à 60%.
A notre connaissance, aucun mode de consommation de l’héroïne ne permet d’éviter la contamination.
Si des cas de contamination par la maladie du charbon étaient avérés en France, le conseil de santé qui semble le plus raisonnable est de proposer aux usagers d’héroïne de passer le plus rapidement possible sous substitution opiacé (buprénorphine haut dosage, c’est-à-dire Subutex® ou générique) et d’interrompre leur prise d’héroïne.
Une difficulté ici est que les premiers symptômes de la maladie du charbon sont particulièrement banals, pouvant être confondus avec problèmes de santé courants et bénins, alors qu’il s’agit d’une maladie potentiellement mortelle et qu’un facteur clé de guérison est la rapidité avec laquelle on se fait traiter. Par précaution, un usager présentant des symptômes pouvant éventuellement se rapporter à la maladie du charbon ne doit pas hésiter à aller consulter son médecin, même si habituellement il n’aurait pas consulté pour de tels symptômes et même s’il s’agit très vraisemblablement d’autre chose.
Il est également possible de s’adresser aux Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) ou aux Centres Spécialisés de Soins en Toxicomanie (CSST) qui ont généralement des consultations médicales et la possibilité d’initier un traitement de substitution.
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