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Tu es mon ami. Tu es cocainomane. Aujourd'hui j'arrete de vouloir te porter

Par LN26

Je suis sortie avec un homme pendant un an. Au bout de quelques mois quelqu'un m'a fait une réflexion comme quoi il prenait de la cocaïne. Moi je suis radicalement contre, sans doute lié à mon travail (je suis dans la santé). J'ai mis immédiatement le sujet sur le tapis en mode "tu fais comme tu veux mais moi je ne veux pas d'un mec qui prend de la cocaïne donc si c'est ça on arrête". Et là j'ai donné tout pour qu'il me mente. Et il m'a menti et moi, amoureuse, je l'ai cru. Tout allait très bien. Je n'ai rien vu et plus ré-entendu parler de ça pendant des mois.

Et un soir lors d'un repas avec des amis à lui (je ne vais pas détailler mais) je suis passée pour une grosse naïve et on m'a dit qu'il consommait. Et là je n'ai plus eu de doutes. Remise du sujet sur le tapis, engueulade...aveu plus qu'a demi mot genre c'est très occasionnel. Je lui sors tous mes arguments, que c'est de la merde, que je ne veux pas en voir chez moi, que si il lui arrive quelque chose à cause de ça je ne l'aiderai pas, que c'est n'importe quoi, qu'il n'aimerait pas que ses enfants (il a 2 enfants ados) en prennent...et puis comme je l'aime et que c'est vrai que je ne sens pas de conséquences par rapport à cette consommation, après une petite bouderie syndicale je m'endors. Et c'est reparti tout va très bien, je ne vois rien, presque j'oublie.

Je ne vois pas les soirée où je ne suis pas invitée, je n'explique pas les quelques sautes d'humeur par cette lorgnette... On part en voyage en vélo. C'est super. Au bout de quelques jours il me dit qu'il fait des rêves de malade, je lui dis que c'est parce que ça fait quelques jours qu'il n'a pas fumé de cannabis (il fume quotidiennement depuis 25 -30 ans, il a presque 50 ans). Un soir au milieu du voyage. Nous étions à une soirée tranquille. Il boit mais vraiment beaucoup. tellement que je me fais la réflexion de pourquoi il boit autant alors que la soirée n'est vraiment pas sur ce mode, je suis gênée et gênée de lire dans les yeux de la personne qui est avec nous qu'elle trouve que ce mec boit trop. Mais je n'en fais pas plus cas.

Quelques jours plus tard on se sépare brutalement car j'apprends qu'il me trompe. De retour nous sommes séparés. On habite dans une toute petite ville. Un jour on me rapporte que lors d'un simple verre entre amis un soir de semaine lui et ses 2 potes se se sont tirés des traits. Je prends conscience que ce que je prenais pour une connerie qui se répétait de temps en temps est en fait une véritable addiction. Les sautes d'humeur, les soirées où je n'était pas la bienvenue, les soirées avec les potes qu'il préfère aux soirées avec ses enfants, les consommations excessives d'alcool sans raison, les lapins de dernière minute...trouvent explications.

Et j'ai eu honte de ma réaction primaire. J'ai eu honte de n'avoir pas pris conscience que c'était un problème. Et j'ai voulu me rattraper.
Je n'y connaissais rien. A force d'entendre que la cocaïne ce n'était pas dangereux... Je me suis dit que c'était peut être moi qui avait un problème à être si contre, que je n'étais vraiment pas cool. Du coup j'en ai passé des heures sur les forums à lire des témoignages, sur les sites à lire des études médicales sur le sujet, les effets des produits de coupe...et rien ne m'a rassurée. J'ai complètement changé d'approche. J'ai essayé d'être dans l'ouverture le plus possible, d'être un peu drôle, de le valoriser...ne plus l'engueuler de prendre de la cocaïne et mettre ma colère sur la cocaïne elle même. Le dialogue n'a jamais été rompu. Même si je parlais assez cash des effets, des risques, de ce que ça lui fait perdre...jamais il ne m'a envoyé chier. Il attendait juste quelques jours pour me rappeler en faisant comme si il n'avait rien lu rien entendu. Un jour j'ai reçu un SMS "ce matin coup de flippe. Je suis allé aux urgences". Je pense direct aux effets de la cocaïne, risque cardiaque mais je ne dis rien pour lui laisser l'espace de venir, de parler. Je prends des nouvelles à priori c'était une fausse alerte mais ce n'est pas une chochotte pour qu'il aille aux urgences c'est qu'il a bien flippé. 1er espoir de prise de conscience. J'attends qu'il me dise qu'il a un problème, qu'il veut se faire soigner...J'attends...
Ça fait des mois que je relance le sujet, que j'essaye d'apporter des éléments nouveaux suivant plus ou moins un plan pour essayer de lui montrer le ménage qui s'est opéré dans ses relations mais que les anciennes non consommatrices ne sont pas loin et seraient là, les structures qui peuvent l'aider, les effets de la coc, ses qualités lorsqu'il est sobre...Dans mon idée c'était remettre dans le discours que la coc c'est dangereux (alors que maintenant dans son entourage il n'a plus que des consommateurs).

Quand il y a quelques semaines il m'a dit qu'un des ses copains (avec qui il consomme) avait un cancer et qu'un autre avait des problèmes de vertiges potentiellement neurologiques et que lui perdait ses cheveux par plaques j'ai encore eu de l'espoir. J'ai fermé ma bouche, mais je me suis dis que si il me disait ça a moi c'était parce qu'il savait ce que j'en pensais. J'ai imaginé qu'il cogitait à fond et qu'il voulait arrêter. Ce jour-là j'étais tellement émue que j'ai pleuré en rentrant chez moi parce que je croyais arriver au bout de cette lutte qui n'est certes pas la mienne mais je l'aime beaucoup, j'aime beaucoup sa famille et ses enfants et j'ai tellement imaginé le pire et la tristesse.

Et puis...pas grand chose. J'ai cru comprendre qu'il cherchait à diminuer voir arrêter seul...mais comme c'est difficile de dire non...je pense qu'il n'a pas tenu longtemps donc dévalorisation et cercle vicieux...Mais dans mon positivisme je me suis dit rien n'est perdu toute tentative a le mérite d'exister.

Je l'ai revu hier et aujourd'hui je suis désespérée. J'ai l'impression d'avoir pissé dans un violon tous ces mois (une année en fait). Hier, même si à l'entendre il dit qu'il va bien, je l'ai trouvé mal, super mal même. Cannabis, alcool++ stress et plus de perspective sur les petits bonheurs simples de la vie. J'ai fait tout ce qu'il me semble possible de faire. Et ça n'a pas marché.

Aujourd'hui j'ai décidé de lâcher. Je n'ai plus rien de neuf à apporter. Et je suis épuisée par cet ascenseur émotionnel. Je ne l'ai pas encore dit à sa sœur, la seule de sa famille qui est au courant et avec qui un vrai dialogue s'est noué. Mandela disait "je ne perds jamais soit je gagne soit j'apprends". On n'a pas "gagné". Je ne sais encore pas ce qu'on a appris et qui pourrait donner une note positive à ce témoignage. Aujourd'hui j'ai vraiment le sentiment qu'on a "perdu".

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