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Suis-je libre de faire ce que je veux avec mon corps ?





Cet article ne reflète pas une opinion personnelle et ne prétend pas à l’exhaustivité. Il se veut un modeste éclaircissement du rapport entre droit de disposer librement de son corps et interdiction de l’usage de drogues.

N’hésitez pas à prolonger la discussion sur le sujet dans le forum spécialement ouvert pour l’occasion.

Pour commencer

L’interdit concernant la consommation - même dans le cadre privé - de stupéfiants (terme désignant les drogues illégales) pose la question de savoir si j’ai le droit de faire ce que je veux avec mon corps.

Les drogues ont une action directe sur lui, par la modification les sensations, des perceptions et des réflexes. De plus, elles peuvent être nocives pour l’organisme, selon les modes de consommation (inhalation de fumée, ingestion, sniff, injection…) ou leur nature (certaines sont toxiques pour le cerveau, d’autres pour le foie, d’autres encore pour le cœur…). Les stupéfiants ont donc été interdits par la société parce qu’ils sont mauvais pour la santé humaine (entre autres raisons).

D’un autre côté, je suis censé pouvoir disposer librement de mon corps. Ainsi, l’interdiction de l’usage de stupéfiants n’est-elle pas en contradiction avec ce droit ? Et, par conséquent, quelle est le statut du corps individuel dans la société : en est-on l’unique possesseur ou celle-ci a-t-elle des droits sur lui ?

Un droit garanti…

La société nous garantit certains droits en tant que personne, dont celui de disposer librement de son corps (article 16-1 du Code civil). Elle me protège également des atteintes que pourraient lui porter les autres ; nul ne peut me blesser ou me mutiler, non plus m’empêcher de prendre des drogues ou de me tatouer. Mais toute liberté s’arrête à partir du moment où elle est nuisible à autrui ou à la société en général. Je ne peux ainsi pas m’exhiber nu devant tout le monde (sauf dans certains lieux « nudistes » prévus à cet effet). De même, la loi interdit le port de signes religieux visibles dans certains lieux publics (d’enseignement notamment), dans la mesure où ils sont « ostentatoires » (ils peuvent choquer celui qui se trouve en face) et peuvent être un instrument de prosélytisme (visant à convertir les autres à ses croyances). On peut donc dire, en un certain sens, que le corps social domine le corps individuel et le limite.

… mais aussi limité

Il existe des limitations de deux ordres à ce que je peux faire avec mon corps. Tout d’abord, celles dont on vient de parler, fixées par la loi. Les lois sur la bioéthique interdisent ainsi de vendre ses organes ou son sang (mais on peut en faire don), de porter un fœtus pour quelqu’un d’autre ou de se faire « euthanasier ». Cela signifie que je ne dispose pas de mon corps comme d’une marchandise ; en un certain sens, il ne m’appartient pas, mais j’en ai seulement l’usage. Comme le dit Gabriel Marcel : « De ce corps, je ne puis dire ni qu’il est à moi, ni qu’il n’est pas à moi, ni qu’il est pour moi » (Etre et avoir).
Les limites peuvent aussi relever de la morale, de la religion, de la culture d’une société donnée. Elles sont plus difficiles à cerner et varient d’une culture à l’autre, voire, au sein d’une même société, d’une personne à l’autre. Considérons le tatouage par exemple : certaines religions l’interdisent alors que dans certaines cultures, il est obligatoire en tant que signes d’appartenance, de beauté, de qualités…
De même, l’usage de drogues est interdit dans certaines sociétés (il existe même pour cela des conventions internationales auxquelles nombre de pays ont adhéré), mais pas dans tous. Certains autorisent l’usage de cannabis par exemple (tolérance de fait ou dépénalisation officielle), d’autres permettent à certaines catégories d’habitants d’en consommer (les peuples indiens au Mexique lors de rituels par exemple), etc.

Des devoirs vis-à-vis de cette société qui me protège

Si la société doit respecter mes droits, elle a aussi pour mission de me protéger des autres, voire de moi-même dans le cas où je me mettrais en danger (exemples de l’obligation de la ceinture de sécurité en voiture ou de l’hospitalisation sous contrainte). J’ai également des devoirs vis-à-vis d’elle et des comptes à lui rendre. Ainsi, si mes faits et gestes lui portent atteinte, lui coûtent de l’argent ou en menacent le bon fonctionnement, elle est en droit de m’empêcher de le faire. En partant du principe que l’usage de drogues a un coût pour la société, en menace l’ordre et la santé publique, certaines ont été interdites par la loi. Reste que le mieux est encore que chacun apprenne à respecter son corps, aille même jusqu’à en prendre soin et le protéger, car c’est le seul dont nous disposons !

En conclusion

Ainsi, le droit de disposer librement de son corps est un droit garanti par la société, mais aussi limité par des lois afin d’éviter les abus et empêcher de se faire du mal. C’est dans ce cadre que la consommation de stupéfiants est interdite.
Cependant, on peut se demander si un véritable effort de prévention et d’éducation à la santé, en responsabilisant chacun et en permettant de se décider en toute connaissance de cause, ne serait pas plus constructif et efficace que l’interdit, qui est posé sans que l’on comprenne d’où il vient, seule manière de permettre à chacun d’y adhérer véritablement.

Pour aller plus loin

  • L’individu, propriétaire de son corps ?, Jean Michel POUGHON, Professeur de droit à l’Université Robert Schuman de Strasbourg
  • Dossier La révision des lois de bioéthique sur le site de la Documentation française
  • Corps et société, Murielle Darmon et Christine Detrez, Problèmes politiques et sociaux n°907
  • Le corps en liberté – invention ou illusion du sujet ?, Bernard Andrieu, Labor Editions
  • La toxicomanie, du corps troué aux intrusions psychiques, Pascal Hachet, L’esprit du temps

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Dernière mise à jour le 12 décembre 2012.

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