Bonjour, Mes parents souffrent tous les 2 d’alcoolisme depuis 15 ans. Ils souffrent d’alcolisme mondain : chaque jour, ils consomment ce que nous pourrions consommer en repas de fête : 2 à 3 apéros, du vin à table, du whisky en digestif, et de la bière. Lorsqu’ils ne travaillent pas, ils boivent l’après-midi des boissons fortes tel que whisky ou vodka, et de la bière. Ca a commencé lorsque ma grand-mère maternelle est décédée, ma mère qui l’a soignée a commencé à boire le week-end, puis à la suite d’harcèlement sexuel, elle a augmenté la fréquence et les doses. Au fil des années et des problèmes, la situation n’a cessé d’empirer. J’ai rapidement pris conscience du problème, et lorsqu’à l’âge de 17 ans j’ai osé dire "vous savez que lorsqu’on consomme plus de 2 verres par jour, c’est considéré comme de l’alcoolisme", je me suis pris une gifle en retour, j’ai compris que je ne m’étais pas trompée. Au début, l’alcool les rendait heureux, joyeux, drôles. Ils se sentaient bien, et c’est dur quand on est ado de faire entendre raison à ses parents. Peu à peu le fossé s’est creusé. Ils ne se sentaient bien qu’ensemble. Mon frère et moi avons été mis à l’écart, il ne fallait surtout pas qu’on soit dans leurs jambes, et on a grandit dans nos chambres respectives… une jolie prison dorée. On a cruellement manqué d’amour et de repères.
Lorsque je suis partie de la maison, j’ai essayé d’en parler à ma famille : grands parents, oncles et tantes… tous s’en doutaient mais personne ne voulait s’en méler. Puis je suis revenue vivre avec eux à la suite d’une séparation, et la situation m’a semblé vraiment critique. A la suite d’une énième dispute, vraiment violente, ma mère a pris enfin conscience de son problème, et a accepté de se faire hospitaliser. J’ai cru que ça marcherait… mais après quelques mois, la rechute ! mon père avait lui aussi arrêté de boire, tout se passait bien, et puis des travaux à la maison les ont contrariés… depuis c’est la descente aux enfers : arrêts et rechutes se succèdent mais en empirant toujours plus.
Il y a 2 ans et demi, ma mère a subit un AVC, elle a failli y rester. Elle a eu la chance de s’en sortir sans trop de séquelles mais son comportement a radicalement changé. Elle n’a plus la même vivacité d’esprit. De cadre, elle est passé à agent de gestion du courrier (une défaite qui a entraîné une rechute de plus) . Avec mon père, les disputes se font de plus en plus fréquentes et violentes. J’ai déjà remarqué des bleus sur les 2. Mon père parle souvent de divorce mais ne franchit pas le pas. Ils sont malheureux, conscients de leurs problèmes mais n’arrivent pas à se soigner. Ma mère serait prête à aller consulter une addictologue (qu’elle avait vue lors de sa première hospitalisation) mais mon père refuse, il dit qu’ils peuvent s’en sortir seuls. Et elle ne veut rien faire sans lui. Et ils ne veulent surtout pas participer aux réunions de groupes. J’en parle beaucoup avec notre médecin, qui les suit et les alerte sur les problèmes de santé. Ma mère a une cirrhose, et le médecin pense que mon père aussi, mais il refuse de faire les examens. la cirrhose de ma mère est très avancée, et les varices de son oesophage sont abimées, elles risquent de saigner, et elle mourrait étouffée… Je m’inquiète beaucoup de leur santé. Ils ne peuvent pas se faire soigner séparément, ça ne servirait à rien car ils rechuteraient, le médecin dit qu’ils doivent se faire soigner ensemble, mais ils n’en ont jamais envie a même moment.
Mais là où c’est difficile, c’est que ma mère est atroce avec moi. Elle me fait des reproches injustifiés, critique tout ce qui me concerne, tous les choix que je fais, me fais sans cesse passer pour une moins que rien… Elle m’humilie dès que possible et le fait sans hésiter devant tout le monde : famille, amis, mon compagnon et sa famille… Tous s’éloignent de mes parents, les enfonçant encore plus dans leur problème. Je ne leur en veut pas, car je comprend qu’on ait pas envie de se trouver au coeur de cette situation. Le pire est que je viens juste de devenir maman d’une petite fille née prématurément, et qui a des problèmes cardiaques. Au lieu d’avoir du soutient de ma mère je n’ai que critiques, tout ce que je fait est mal.. je n’en peux plus. Et lorsque je leur amène ma fille je suis très mal car elle tremble beaucoup et n’est pas à l’aise, j’ai peur qu’elle lui fasse du mal involontairement. Elle n’arrête pas de me critiquer devant mon bébé. Trop petite pour comprendre, elle va pourtant grandir et je n’ose pas imaginer les conséquences… ils me la réclament à garder seuls mais je refuse pour l’instant. J’ai essayé de leur expliquer que j’avais peur, mais forcément ils l’ont mal pris… je pense qu’ils ne réalisent pas à quel point ils sont diminués physiquement.
Tout le monde me dit d’abandonner, mais je ne peux pas. J’ai toujours essayé de les soutenir, de les comprendre. Je ne les ai jamais jugés, n’y fait aucun reproche. Je respecte le fait que ce soit une maladie difficile à soigner, et je veux garder espoir pour une guérison. Mon frère et moi sommes les seuls qui les entourent encore un peu, mais malgré notre soutient et nos demande, ils ne sont toujours pas sevrés.
Je ne sais plus quoi faire pour les aider, et je ne veux pas abandonner car si je le fait, et qu’il arrive quelque chose, je m’en voudrai toute ma vie de n’avoir rien fait. Aujourd’hui je suis partagée entre vouloir les aider, et protéger ma fille de tout ça…
