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Bonjour M.,
Déjà, le fait que tu écrives ici et que tu dises clairement « j’ai envie de m’en sortir », c’est énorme. Beaucoup n’arrivent même pas à formuler ça.
Ce que tu décris, je le comprends très bien. Cette consommation “mécanique”, sans vraie envie, juste pour remplir le vide… ce n’est pas une question de manque physique. C’est devenu une habitude, un automatisme, presque une occupation. Et quand on est isolée, anxieuse, dépressive, la drogue prend la place d’un rythme, d’un repère.
Dans mon cas, la chose la plus difficile n’a pas été d’arrêter. Ça a été de faire la première démarche : prendre le téléphone et appeler le CAARUD. Ça m’a demandé un effort immense. De l’extérieur, ça paraît simple. De l’intérieur, c’est un mur.
Mais c’est là que ça a commencé à changer.
Tu dis que tu rechutes quand tu t’ennuies. Ça montre quelque chose d’important : le problème n’est pas seulement la cocaïne. C’est le vide. Et le vide, il faut le remplacer, pas juste supprimer la consommation.
Quelques pistes concrètes qui m’ont aidé ou que j’ai compris avec le recul :
1
Ne pas viser “arrêter pour toujours” tout de suite.
Viser une petite action concrète. Par exemple : appeler un centre, prendre un rendez-vous, sortir marcher 15 minutes, voir une personne. Une seule action. Pas plus.
2
Casser l’automatisme.
Quand l’idée de commander arrive, se donner 20 minutes avant d’agir. Juste 20 minutes. Souvent, l’impulsion baisse un peu. L’addiction adore l’immédiateté.
3
Remettre du rythme artificiellement.
Quand la vie n’a plus de structure, la drogue devient le “programme”. Il faut recréer des micro-rituels : heure de lever fixe, douche obligatoire, petite sortie quotidienne, même courte. Pas pour être performante. Juste pour remettre du mouvement.
Ne pas rester seule avec ça.
Même si l’énergie manque, un contact professionnel change énormément. CAARUD, CSAPA, médecin, infirmier… Ce ne sont pas des juges. Ce sont des appuis. Parfois, on a juste besoin qu’on nous aide à porter le poids au début.
Tu dis que tu souffles quand le livreur arrive. Ça veut dire quelque chose de très fort : une partie de toi n’a déjà plus envie. Cette partie-là, elle est précieuse. C’est elle qu’il faut écouter.
Sortir d’une dépendance liée au vide, ce n’est pas remplacer la cocaïne par une passion incroyable du jour au lendemain. C’est remplacer la cocaïne par du lien, du rythme, du soin, petit à petit.
Et surtout : ta dépression compte énormément dans l’équation. Traiter l’addiction sans traiter la souffrance en dessous, c’est très difficile. Les deux sont liés.
Tu n’es pas “faible”. Tu es prise dans un système qui s’est installé progressivement. Et ce système peut se déconstruire.
Si tu arrives à faire une seule chose cette semaine : prendre un rendez-vous quelque part. Même si tu n’es pas sûre d’y aller. Juste le prendre.
C’est souvent là que la lumière commence à apparaître.
Tu n’es pas seule. Et le fait que tu veuilles t’en sortir est déjà un point d’appui immense.
Amicalement,
Guillaume
GFOUCAULT samedi 14 février 2026 21:53:43